Après le formidable Mulholland Drive, l’attente était élevée pour Inland Empire, la dernière création de David Lynch. Pour ceux qui ne le connaissent pas, on peut dire, sans trop s’avancer, que David Lynch est au cinéma ce que Salvador Dali est à la peinture, un artiste hors norme avec une identité toute particulière.
Tout d’abord, voici ma vaine tentative pour résumer le film. Tout au long des trois heures de projection, il est question pêle-mêle d’une actrice (admirablement interprétée par Laura Dern) qui démarre un nouveau film, puis qui mélange rapidement la réalité avec son rôle en s’apercevant qu’il s’agit en fait d’un remake d’un film polonais maudit, inachevé à cause de la mort violente des acteurs initiaux, de clins d’oeil à Rabbits (sorte de sitcom avec des acteurs grimés en lapins géants, uniquement sorti sur Internet), de prostituées sur Hollywood Blvd façon comédie musicale décadente et de dédales de couloirs sans fenêtres à l’éclairage blafard, le tout dans une ambiance musicale monocorde, grave, très lourde et sombre ponctuée de quelques cris soudains. Evidemment, vu comme ça, ça peut ne pas paraitre très tentant. Et pourtant, c’est ailleurs qu’il faut regarder !
Sans doute l’un de ses films les plus noirs et fragmentés, pour son premier film tourné en numérique, on retrouve très nettement les thèmes et la patte inimitable de Lynch (dédoublement de personnalité, frontière réalité/rêve/cauchemar, personnages inquiétants, analogies troublantes, Hollywood en machine de mort plus que de rêve…). A la fois oppressant, provoquant, brutal, sans compromis, expérimental et avant-gardiste, c’est également si hypnotique, hallucinant et tellement fascinant pour celui qui y est réceptif. Il est vrai, c’est totalement incompréhensible, très confus, et pourtant, cela n’est jamais ennuyeux. Tout le paradoxe est là ! Le patchwork de scènes est peut-être aussi une façon de faire table rase de tout le matériel cinématographique et fantasmagorique accumulé jusqu’à présent. Inland Empire n’est pas un film qui raconte une histoire, mais plutôt une expérience sensorielle à part entière. C’est comme si le film court-circuitait la raison pour parler directement au subconscient et aux émotions, un peu comme une porte ouverte sur son propre esprit, sans gardien ni censure d’aucune sorte, et c’est bien là le tour de force de Lynch.
I can’t tell if it’s yesterday or tomorrow…
Autant le dire tout de suite, en ce qui me concerne, je suis resté un peu sur ma faim. Pourtant amateur de labyrinthes lynchiens et naufragé volontaire d’un navire à la dérive, je n’ai pas vraiment été conquis. Je n’y ai pas retrouvé de moment de grâce, comme par exemple au Club Silencio de Mulholland Drive, ni son esthétique léchée. Mes attentes ont été un peu déçues, bien que captivant, ce n’est pas vraiment le film que j’attendais, car je ne le trouve pas au niveau de ses 2 précédents opus, mais n’est-ce pas là l’essence même de ce type de films que de surprendre en allant toujours plus loin, là où ne l’attend pas ? Dans tous les cas, une chose est sure, il n’y a que Lynch qui arrive à ce résultat.
Pour approfondir :
- Le site officiel du film
- L’exellente review par Seb-in-Paris
Lundi 12 février 2007 à 15:22
Merci Nico pour le lien
Je suis 100% d’accord avec ce que tu as écrit. Et comme tu le reconnais, le risque au final est de sentir frustré tant le film est sombre et sale ; il manque des choses qu’on aime tant chez Lynch. Mais comment lui reprocher, en effet, de nous surprendre ?
Néanmoins, si tu revois ce film, tu verras peut-être ton opinion évoluer, et certains apsects moins te manquer. Ce fut mon cas après mon deuxième visionnage, et j’y retourne pour un troisième au Max Linder (ça va être encore une autre expérience vu le son de ce cinéma).
Lundi 19 février 2007 à 19:45
Je n’ai toujours pas vu ce film. Enfin bon, il y en a tellement qui m’intéressent à voir ces derniers temps que des choix draconniens s’imposent… Quoiqu’il en soit, j’avais beaucoup aimé Mulholland Drive.
Enfin, un truc qui m’énerve dans l’histoire, c’est qu’il est passé il y a environ 1 mois à l’Institut Lumière à Lyon, où j’habite à 100 mètres. Et où je l’ai appris le lendemain comme à chaque fois… :-/
(d’ailleurs, j’ai appris à l’instant que Clint Eastwood y était passé avant-hier
j’en ai pris la conclusion de m’inscrire à la newsletter cette fois-ci, histoire de pas être con la prochaine fois qu’il y a un évènement à ne pas rater…)